Medellín, de l’instabilité sécuritaire au modèle de résilience urbaine

En Colombie, la ville est à la fois un théâtre et un des principaux lieux de changements sociétaux. Historiquement, la population colombienne est majoritairement rurale. Lors du dernier recensement de 1993, les deux tiers des Colombiens vivaient en ville suite à un large mouvement de transition démographique amorcé dans les années 1930 (1). Les villes colombiennes constituent de vastes métropoles comme Bogotá, capitale de la Colombie regroupant six millions d’habitants. Dans les années 1950, les campagnes colombiennes vivent l’épisode de la Violencia, guerre civile qui dura de 1948 à 1960 et qui a entraîné plusieurs vagues de migrations forcées et une grande instabilité sécuritaire dans les villes (2). Selon Françoise Dureau, géographe et démographe française, « les villes ont constitué, sur le plan économique et social, mais aussi politique et culturel, un prisme permettant d’observer les mutations qui ont affecté ce pays (la Colombie), au cours du XXème siècle. » (p.4). La période historique relative à la Violencia oblige premièrement à s’intéresser aux répercussions de cette violence dans les milieux urbains. L’instabilité sécuritaire se définit comme un concept synonyme de turbulences, de déséquilibres au sein des villes. Cette instabilité se traduit par une baisse de la sécurité publique dans les campagnes mais surtout dans les villes, où certains quartiers sont le lieu d’affrontements entre des groupes armés, la police et les habitants. Ce concept va longtemps alimenter une frénésie en Colombie et influencer la réputation du pays sur la scène mondiale.

Pourtant, la Colombie parvient à se distinguer dans cette zone géographique d’Amérique latine, en proie à des phénomènes d’instabilité récurrents. Dans les années 1990, les villes colombiennes s’ouvrent davantage à la mondialisation, aux politiques de libéralisation économique et celles-ci deviennent des facteurs de développement décisifs. Medellín est un exemple type de cette évolution du paysage socio-économique colombien. Principal centre culturel de Colombie, la capitale d’Antioquia fut le centre opérationnel du cartel de narcotrafiquants de Pablo Escobar dans les années 1970 ; théâtre de violences urbaines et attentats. Elle est aujourd’hui un modèle de résilience urbaine.

Selon l’ONU-Habitat, « la résilience est la capacité de tout système urbain et de ses habitants à affronter les crises et leurs conséquences, tout en s’adaptant positivement et en se transformant pour devenir pérenne. ». (9) Ces deux facettes de Medellín : à la fois ville instable et violente des années 1970 aux années 1990 et aujourd’hui, symbole d’une ville résiliente capable de se développer et d’innover face aux risques nous interroge sur les processus et les caractéristiques de celle-ci.

Il semble donc pertinent de se demander comment Medellín a t-elle fait face à l’instabilité sécuritaire propre à son milieu urbain ? En quoi Medellín représente-t-elle le symbole d’une ville résiliente en Colombie ? L’instabilité sécuritaire conduit-elle les habitants de Medellín à créer un modèle de résilience urbaine ?

I/ L’instabilité sécuritaire de Medellín des années 1950 aux années 1990

a) La Violencia en Colombie : les villes comme théâtre d’une violence nationale

La Violencia se caractérise par une période de violence importante en Colombie. Il s’agit d’un affrontement entre les libéraux et les conservateurs, deux partis politiques traditionnels. Dans les années 1950, « la violence s’est atténuée et est restée cantonnée dans les zones rurales périphériques où se sont implantées les guérillas, formées pour la plupart à partir des foyers de résistance paysanne crées. » (1). Cette violence est alors institutionnalisée et s’ancre dans la société colombienne. Très rapidement, des groupes paramilitaires émergent et se positionnent comme les principaux ennemis des guérillas. Dans les années 1970, la population des villes tolère encore la présence des narcotrafiquants. Mais dans les années 1980, des voix s’élèvent contre la montée en puissance du cartel de Medellín. Les narcotrafiquants font alors irruption sur le devant de la scène nationale, en éliminant quiconque ose s’opposer à leurs manœuvres. C’est par cette irruption que la « violence urbaine » apparaît dans le paysage colombien. « Bien plus que celles du maquis, les violences qui sont en train de nous tuer sont celles de la rue ». (p.237) témoigne une colombienne de l’époque. Les guérillas installent très rapidement des « campements » dans les quartiers pauvres des principales agglomérations « pour éduquer militairement de jeunes recrues ». Les habitants des villes colombiennes assistent à une véritable transformation de la violence. Dans les années 1950 à 1970, « les citadins se sont longtemps sentis étrangers aux combats livrés dans les zones rurales. Quant aux batailles sanglantes entre mafias et aux assassinats politiques, ils étaient certes commis dans leur ville, mais visaient des cibles bien identifiées comme les dirigeants, militaires. ». La perception de la violence change dans les années 1980-1990, « durant la vague d’attentats perpétrés par les narcotrafiquants, l’homme de la rue se sait alors un objectif militaire potentiel et la crainte s’installe dans toutes les couches de la population. ». La Violencia montre bien la transformation et l’évolution des caractéristiques de la violence urbaine. Après cette période, le démantèlement des cartels de Medellín et de Calí, « le sentiment d’insécurité physique baisse dans les villes et c’est l’exposition aux délits de droit commun qui génère progressivement une nouvelle appréhension. » (p.238). Cette évolution de la Violencia nous amène à nous interroger sur les caractéristiques et l’implantation de la violence urbaine dans les villes.

b) Les caractéristiques de la violence urbaine

L’urbanisation croissante de la population en Colombie dans les années 1980 produit un phénomène majeur dans le pays : l’exode rural qui va transformer les villes en les faisant devenir de nouveaux espaces propices au déploiement de la violence. Plusieurs questions émergent « comment les combats livrés par les différents contre-pouvoirs insurrectionnels se répercutent-ils dans les métropoles ? Dans quelle mesure la violence y répond-elle également aux spécificités du milieu urbain et aux conditions socio-économiques des habitants ? » (1) La violence entraîne un sentiment d’insécurité chez les populations urbaines. Définir la violence, c’est comprendre les multiples acceptions qui y sont associées. Il n’existe pas qu’une seule caractéristique de la violence mais plusieurs variables. Sa manifestation la plus extrême est sans doute l’homicide volontaire. La violence nationale qui se répercute dans les villes va inspirer chaque groupuscule à vouloir éliminer complètement ses opposants. Dans la conception française de la violence urbaine, ce concept désigne un « terme générique qui englobe les troubles causés par les groupes de jeunes issus des banlieues défavorisées » (1, p.231). Si l’on suit cette définition, la violence urbaine n’inclue donc pas les crimes ou délits dus au grand banditisme, même si ces actes de violence sont commis le plus souvent en ville et correspondent à des formes de délinquance localisées a priori spatialement et socialement. On peut donc caractériser la violence urbaine sous une définition plus large : « la violence urbaine est une catégorie pratique très générale dont la seule restriction est typologique : sa spécificité se résume à regrouper les exactions perpétrées dans les villes, sans qu’aucun type de violence ne soit particulièrement désigné ou délaissé » (1, p.232). Pour compléter ces caractéristiques de la violence urbaine, il est nécessaire de comprendre l’aménagement et les spécificités de Medellín afin de savoir si celles-ci fournissent un climat favorable à l’installation de la violence, cause principale de l’instabilité sécuritaire.

C) L’aménagement urbain de Medellín : facteur de violence ?

Tâche urbaine de Medellín, vue du ciel, Google Earth, 2019.

Afin de mieux comprendre le « syndrome » d’instabilité sécuritaire à Medellín, il semble nécessaire d’étudier l’aménagement de cette ville afin de mettre en lumière le lien entre environnement urbain et insécurité. Medellín est « la deuxième ville de Colombie, avec 3,5 millions d’habitants, implantée dans la vallée de l’Aburrá (…) Ville industrielle, elle a longtemps maltraité les rives du fleuve jusqu’à les doubler d’une autoroute nationale, achevant de couper la ville en deux. » (3) La topographie (le topos) de la ville de Medellín est très particulière car elle oblige la ville à s’étendre sur des collines où des quartiers informels se sont installés.

L’étalement urbain est impressionnant pour cette ville qui semble affronter les caractéristiques de son terrain, à la fois vallonné et montagneux. Le développement de quartiers informels, sur des terrains difficiles, favorise la construction d’habitats précaires et de services urbains difficiles d’accès. De plus, dans ces quartiers souvent dépourvus de services urbains vitaux (accès à l’eau potable, assainissement, ramassage des déchets), une extrême densité de population cohabite. Cette densité est un facteur d’inégalités socio-spatiales entre les habitants de la ville de Medellín. Elles contribuent à favoriser le développement d’une économie informelle comme le trafic de drogue, augmentant ainsi la délinquance et la violence urbaine dans la zone affectée : « L’économie de la drogue a finalement atteint une telle dimension qu’elle a également ébranlé les structures mêmes de la société. Elle a donc participé pleinement à l’émergence du sentiment d’insécurité ressenti par les citadins, en favorisant la corruption, l’impunité, et peut-être plus encore, en attisant les comportements extrêmes parmi les bandes juvéniles des périphéries urbaines » (1). Le milieu dans lequel vivent ces populations précaires est responsable de l’exposition différentielle* des populations de Medellín, face aux risques de violence, de catastrophes naturelles ou encore de santé publique. L’étalement urbain oblige les citadins en situation de précarité à s’installer en périphérie de la ville, où les services sont insuffisants et où le commerce de la drogue s’effectue par des guérillas et narcotrafiquants, qui contrôlent certains quartiers. Ces groupes maîtrisent les richesses locales produites par le commerce de stupéfiants et cherchent à accroître leur propre pouvoir plutôt qu’à défendre les populations les plus faibles. Medellín est donc une ville étalée dans la vallée de l’Aburrá entre les cordillères occidentales et centrales des Andes colombiennes. Surnommée Capital de la Montaña, ses caractéristiques géographiques et son altitude (1 538m) créent un topos contraignant, modifiant l’aménagement de la ville et l’installation des zones d’habitat.

Medellín, Comuna 13
Source : Romane Jannin, 2019 

Le topos de Medellín est caractéristique des villes colombiennes puisqu’il contraint le développement de quartiers précaires en périphérie de la ville, enclavés et éloignés des services urbains élémentaires.

Cependant, Medellín évolue et cherche à examiner son modèle de développement urbain pour lutter face aux risques, à la fois naturels (fortes pluies, coulées de boue…) et humains comme le risque d’insécurité, de santé publique etc... Nous allons voir dans cette seconde partie comment Medellín devient le théâtre moderne d’une forme de résilience urbaine en Amérique latine. Lieu innovant et culturellement riche, Medellín, par ses habitants et par le souhait de l’État d’intervenir, tente d’apporter des réponses face à ces risques.

II/ De l’instabilité au modèle de résilience urbaine

a) La résilience urbaine, un enjeu de politiques publiques ?

Apporter des réponses à des problèmes publics comme l’instabilité sécuritaire dans les rues de Medellín ou encore diminuer le risque de victimes lors d’éboulement du sol sur les quartiers en zone de risques, est le rôle des pouvoirs publics. La municipalité a mis en place un véritable outil : le Projet Urbain Intégral (PUI) afin d’intervenir de manière directe dans les quartiers informels entre 2008 et 2010 comme le montre la carte présentée ci-dessous. « Ce projet vise à rassembler un maximum d’interventions dans un même espace en déployant à la fois des travaux d’aménagement de voirie et d’espaces publics (parcs, places, boulevards) et des équipements éducatifs et de santé. En outre, il tente d’articuler les actions de toutes les instances de l’administration municipale autour de programmes sociaux, économiques et culturels. » (4).

L’administration municipale fait face au constat selon lequel les quartiers précaires de Medellín, longtemps exclus des priorités de politiques publiques, ont servi de lieu d’affrontements entre les guérillas pendant la Violencia et qu’il apparaît aujourd’hui nécessaire de mettre en place des programmes de désenclavement pour ces quartiers. Le PUI permet à la ville de créer un nouveau modèle d’aménagement urbain, visant à contrôler la croissance de la ville informelle et ainsi à aborder les défis urbains par le biais d’outils de planification.

Localisation des PUI
Source : Plan de Desarrollo de Medellín, 2008-2011.

Cette carte représente idéalement les lieux d’action du PUI pour désenclaver les quartiers précaires présents en zone périphérique.

Au-delà de l’action de planification, la municipalité de Medellín a longtemps misé sur l’attractivité et le développement économique de la ville pour aider les populations précaires. Selon un rapport de la Banque Mondiale sur la politique urbaine et le développement économique dans les années 1990, il existe un vrai « défi urbain » pour les pays en développement. Le développement de l’économie urbaine doit être une réponse à la pauvreté qui s’aggrave dans les villes. Celle-ci recommande « d’accroître la productivité des citadins pauvres en augmentant la demande de main-d’œuvre et en améliorant l’accès à l’infrastructure de base et aux services sociaux » (5). L’administration publique de Medellín a conscience de cette nécessité dans les années 1990 : « Grâce à l’augmentation de la production de café et l’insertion du pays dans l’économie mondiale, la ville s’est affirmée en tant que centre commercial et politique de la région. (…) La transformation urbaine de Medellín au cours des premières décennies du XXe siècle s’explique ainsi largement par son affirmation en tant que ville industrielle, qui conduira également à produire une image de Medellín associée à la prospérité, à la modernité, et représentant un modèle de société « catholique et entreprenante » (4). Sous l’influence des ajustements structurels de la Banque Mondiale en Colombie, le pays a misé sur le libéralisme économique et l’image des villes devient un enjeu de politiques publiques. Ce discours néo-libéral a longtemps façonné le coeur idéologique de l’action de la Banque Mondiale dans les pays en développement, notamment par la promotion du modèle des 3D « densité, développement et distance »(8).  Pour la municipalité, le développement de l’économie urbaine est donc une priorité et les efforts de planification au début du XXe siècle vont dans ce sens : « Une des stratégies de planification du début du siècle a été la définition du périmètre urbain comme instrument permettant de séparer l’aire urbaine de l’aire rurale de la commune » (p.190). Cette fragmentation urbaine, engagée par l’administration de Medellín, creuse les disparités économiques et les inégalités socio-spatiales entre les Paisas (Nom donné aux habitants de Medellín)Medellín crée un périmètre urbain plus attractif pour les acteurs économiques de la région, disposant d’un vrai bassin d’emploi dynamique pour les habitants : « Être à l’intérieur du périmètre signifiait avoir un meilleur accès aux équipements et aux services de la ville, et bénéficier d’une présence plus importante de l’Administration » (p.190). La création de ce périmètre urbain plus attractif et dynamique montre l’échec des pouvoirs publics à coordonner une réponse globale et significative face aux risques inhérents aux quartiers informels situés en périphérie. L’espoir d’une planification urbaine permettant de reconnecter ces quartiers autour de nouvelles centralités semble toujours d’actualité pour les acteurs locaux et la municipalité notamment.

b) Les outils de mise en œuvre d’une résilience urbaine

D’après la définition de l’ONU-Habitat, la résilience urbaine se traduit par la capacité d’un système urbain à se transformer et s’adapter aux risques de façon pérenne. La ville de Medellín abrite de nombreuses ZHRNR (Zones à haut risque non-récupérables). Le risque socio-naturel a longtemps influencé la gestion publique des secteurs informels à Medellín. En effet, « La délimitation des zones à risque dans la classification des usages du sol urbain découle des premiers programmes de réhabilitation des quartiers dans une perspective plus globale. (…) ces zones représentaient des coûts estimés trop élevés en raison des difficultés d’extension des réseaux d’eau et d’assainissement dans des lieux de fortes pentes. » (4). Les quartiers précaires de la ville, souvent enclavés, sur les flancs plus montagneux de la ville, font partie de ces ZHRNR. Les risques d’éboulement, de coulée de boue, de glissement de terrain sont très fréquents lors de la saison des pluies en Colombie. En 1987, un glissement de terrain dans le quartier Villatina provoque la mort de 500 personnes et la destruction de 120 logements. (6)

Les populations les plus pauvres sont souvent démunies face à ces risques, par manque d’assistance et d’accès aux services élémentaires. Mais pour lutter contre la marginalité de ces habitants, plusieurs outils sont mis en place afin de désenclaver ces quartiers : « En 2004, a été inauguré sur le versant nord-est de Medellín un nouveau système de transport téléphérique, dénommé Metrocable, relié au système de transport métropolitain de la vallée d’Aburra. Ce dispositif est le premier, à l’échelle de l’Amérique Latine, qui ait réussi à s’adapter à la fois aux conditions topographiques du site et à la structure urbaine d’une des plus grandes zones de développement informel où se concentre environ 40 % de la population urbaine qui, jusque-là avait été tenue à l’écart de toute politique publique. ». Inscrite dans le plan de développement 2001-2003 de la municipalité, ce nouveau type de transport, s’adaptant au topos de la ville, « a fortement contribué à l’amélioration de la qualité de vie des habitants de ces quartiers en leur donnant une plus grande mobilité et en réduisant les fractures territoriales ». (7)

Metrocable
Source : Romane Jannin, 2019.

Cet exemple de politique publique entreprise par la municipalité dans les quartiers de Santa Cruz et Popular est une réponse exemplaire face au risque sanitaire. En effet, par le biais de cette nouvelle mobilité, les populations précaires ont la possibilité d’accéder aux services urbains du centre pour s’approvisionner, ou bien travailler. Cet outil est un exemple de résilience urbaine car il diminue le stress quotidien des habitants vivants dans l’insuffisance, dans des lieux enclavés et sans réel accès aux réseaux de transport en leur permettant de se rendre en centre-ville. Selon le document de politique générale de la Banque Mondiale (5), les carences en infrastructures représentent l’un des principaux obstacles à la productivité économique de la ville. La productivité économique est caractérisée par l’efficacité avec laquelle une entreprise utilise les ressources dont elle dispose pour fabriquer des biens ou proposer des services. Les carences en infrastructures freinent considérablement la productivité des investissements privés dans la plupart des villes des pays en développement. Le metrocable représente une opportunité sociale et économique pour les habitants des quartiers périphériques.

Un second exemple illustre l’évolution de Medellín en tant que modèle de ville résiliente pour l’Amérique latine. Le « Projet pilote de récupération environnementale et consolidation de l’habitat de la quebrada Juan Bobo envisage le réaménagement de l’ensemble du basson sur le principe de réduction du risque hydrologique et sanitaire, en mettant l’accent sur la rénovation des logements individuels et la régularisation foncière » (4). Ce projet de réaménagement de l’habitat a permis la relocalisation des familles situées en zone à risque, à travers la construction de petits immeubles collectifs. Ce projet pilote datant de 2008 est une intervention qui vise à lutter contre l’habitat informel et symbolise une avancée pour les populations habitant dans les zones à risque. En intégrant ce projet dans le PUI, la municipalité de Medellín illustre son souhait de devenir une ville modèle face aux risques naturels et à l’exclusion socio-spatiale de ses habitants.

Projet pilote de consolidation de l’habitat de la quebrada Juan Bobo, Lopez-Pelaez & L.F González « Marginalité et inclusion urbaine à Medellín (Colombie) : un regard historique à partir des instruments de planification »
Source : Presses de Sciences Po, 2008 

En conclusion, Medellín fut le théâtre d’une instabilité sécuritaire liée à un contexte national particulièrement violent. L’épisode historique de la Violencia des années 1950 aux années 1980, puis la violence du Cartel de Medellín dans les années 1990 ont successivement symbolisé le phénomène de violence urbaine. La ville, longtemps sacrifiée par une violence quotidienne envers ses habitants a construit sa renommée pendant cette période. Cependant, Medellín a su se réinventer pour faire face à des risques multiples (environnementaux, humains…). Malgré des inégalités socio-spatiales et une insuffisance des pouvoirs publics, la municipalité et ses habitants ont réussi dans les années 2000 a bâtir une ville résiliente qui ne cède pas à ses propres risques. Par une planification premièrement insuffisante, la ville a réussi à construire de nouvelles mobilités (le metrocable) afin de lutter contre la marginalité, et à innover avec de nouveaux projets (projet pilote de Juan Bobo) pour lutter contre l’habitat informel et permettre aux populations de vivre dignement. Ces efforts de la part des acteurs locaux (municipalité et habitants) permettent à Medellín de devenir aujourd’hui un lieu culturel et économique important en Colombie. De l’instabilité sécuritaire est née une ville résiliente et innovante en Amérique latine.

Ce travail a été écrit par Aurélien Sarrosquy, étudiant en 4ème année à Sciences Po Rennes dans le cadre du cours « Villes en devenir ».

Sources :

  • (1) F. Dureau (2004), Villes et sociétés en mutation : lectures croisées sur la Colombie, édition Anthropos
  • (2) P. Gilhodès (1976), La Violence en Colombie, banditisme et guerre sociale, cahiers du monde hispanique et luso-brésilien
  • (3) Demain la Ville, « Medellín, de la ville la plus violente à la ville la plus innovante. » https://www.demainlaville.com/medellin- ville-violente-ville-innovante/
  • (4) J. LOPEZ-PELAEZ & L.F GONZÁLEZ « Marginalité et inclusion urbaine à Medellín (Colombie) : un regard historique à partir des instruments de planification », Presses de Sciences Po, 2008
  • (5) Document de politique Générale de la Banque Mondiale, « Politique urbaine et développement économique : un ordre du jour pour les Années 90 »
  • (6) L.L. CASTAÑO, « Les morts de Villatina et le problème du sol urbain en Colombie », 1989
  • (7) P. RENAULT, “Monographie de la ville de Medellín, Colombie” janvier 2012, Institut Français d’Urbanisme
  • (8) « Le Rapport en bref : densité, distance et division », dans : , Repenser la géographie économique. Rapport sur le développement dans le monde 2009, sous la direction de Banque mondiale. Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, « Hors collection », 2009, p. XIX-XXIII. URL : https://www.cairn.info/repenser-la-geographie-economique–9782804101114-page-XIX.htm
  • (9) Site officiel d’ONU-Habitat. https://unhabitat.org/resilience
  • Photos prises par Romane Jannin, étudiante en 4ème année à Sciences Po Rennes, lors de son séjour à Medellín en 2019.

*L’exposition différentielle est un concept selon lequel les populations ne sont pas exposées de la même façon face aux risques naturels.

Publié par Aurélien Sarrosquy

Fondateur d'AuSarchitect

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