Déambulations urbaines #1 – Colombie

Ausarchitect vous invite aujourd’hui à déambuler virtuellement dans les rues pleines de vie des principales villes de Colombie, à travers des photos prises en 2019. Une parenthèse colorée pour découvrir ce pays sous l’angle de l’urbain, loin des clichés.

Aujourd’hui, plus de 75% des 49 millions de Colombiens vivent en ville, concentrés notamment dans la zone andine et dans les zones côtières. L’urbanisation s’est déployée très rapidement, à partir des années trente, mais laisse hors de son champ certains départements, notamment ceux situés dans la région amazonienne.
Contrairement à beaucoup de pays, la caractère urbain d’un établissement humain n’est pas considéré selon un nombre d’habitant minimum, mais selon son statut. En effet, les municipalités étant beaucoup plus grandes en superficie qu’en France par exemple, les urbains sont les habitants de la cabecera municipal, le “lieu-dit” qui joue le rôle de “capitale” à l’échelle de la municipalité, autrement dit là où siège le conseil municipal et les fonctions administratives.

On compte 1103 municipalités qui possèdent donc toutes une cabecera municipal, en plus de 18 zones non municipalisées dans 3 départements amazoniens, et de l’île de San Andres qui jouit d’un statut particulier.

Trêve d’informations techniques, lançons nous sans plus attendre à la découverte de quatre villes colombiennes emblématiques : Bogota, Medellin, Cali et Carthagène des Indes. 

1. Bogotá, l’Athènes sud-américaine

Vue depuis le Monserrate, Romane Jannin, 2019

Lorsque l’on gravit la montagne Monserrate qui enserre à l’Ouest la capitale de 8 millions d’habitants, on découvre un tapis urbain qui s’étire à perte de vue et qui semble même vouloir grimper les flancs de montagne.

Alors peuplée par les indigènes Muiscas, le conquistador espagnol Gonzalo Jiménez de Quesada s’y établit en 1538, fondant ainsi une des villes les plus hautes du monde. “2600 metros más cerca de las estrellas” peut-on lire sur les murs de l’aéroport : 2600 mètres plus proches des étoiles.

Dans une rue de la Candelaria, Romane Jannin, 2019

Ce riche passé explique le surnom d’Athènes sud-américaine parfois attribué à Bogota. Dans la Candelaria,  le centre historique, constitué de petites maisons d’architecture coloniale, on peut visiter de nombreux musées d’arts et d’histoire, regorgeant d’artefacts dorés issus de la culture indigène. 

Romane Jannin, 2019

Dans ces rues entremêlées, les street art, meilleurs témoins de l’histoire, des traditions et des transitions que vivent la capitale, ne laissent personne indifférent. Le promeneur est tour à tour amusé de l’oeil malicieux de cet enfant jouant au lance-pierre; touché par cette vieille femme indigène au regard plein d’espoir; et étonné par les dizaines d’autres peintures murales qu’il découvre rue après rue.

Street art d’une femme indigène, Romane Jannin, 2019

La Casa de Nariño, palais présidentiel colombien, Romane Jannin, 2019

Non loin de là, l’imposante Casa de Nariño, le palais présidentiel, se profile avec la montagne en arrière-plan. Les rares chanceux qui ont l’occasion d’y pénétrer découvrent un somptueux bâtiment où se suivent sans se ressembler des salons colorés ornés de tableaux majestueux.

La Candelaria, et au loin les buildings, Romane Jannin, 2019

A quelques centaines de mètres des petites rues étroites du centre historique, l’architecture coloniale et baroque laisse place au moderne, incarné par la tour Colpatria, construite en 1976, 4è plus haute tour d’Amérique Latine. Sur ces grandes avenues commerciales, c’est l’effervescence : vendeurs ambulants, circulation dense mêlée aux grands couloirs du BRT Transmilenio, odeurs d’empanadas  et autres spécialités colombiennes.
Bogota, considérée comme la ville abritant toutes les opportunités et les possibilités, est la destination d’un fort exode rural depuis le début de la croissance urbaine dans les années 30. La Colombie est un des pays avec le plus de déplacés internes : ainsi, le conflit armé colombien a conduit au déplacement forcé de plus de 7 millions de personnes, qui pour la plupart ont migré dans les grandes villes du pays ou les capitales départementales. Ces populations sont contraintes d’investir les périphéries des villes, des zones souvent à risque, pour y construire des quartiers informels. C’est notamment au Sud de Bogota que se déploient ces quartiers : un téléphérique urbain sur le modèle de Medellin a été mis en place pour tenter de désenclaver ces zones fortement touchées par la pauvreté et la violence.

Bogota à la nuit tombée, Romane Jannin, 2019

A la nuit tombée, Bogota semble s’enflammer, au rythme des nombreux restaurants, bars et boîtes de nuit qui remplissent les chics quartiers Nord.
On peut citer l’emblématique Theatron, un des établissements de nuit gay les plus grands du monde, fort de ses prêts de 5000 clubbers chaque samedi soir, où se bouscule fêtards de toutes orientations sexuelles, au rythme de la salsa, du reggaeton, de l’électro ou un autre genre des 14 salles thématiques.
Vrai melting pot, cette discothèque est à l’image de Bogota, une ville qui vit avec son temps, sans renier sa culture. Cette image de diversité et de modernité est cultivée par la nouvelle maire, l’écologiste Claudia Lopez, première femme à ce poste, et qui ne fait pas secret de son homosexualité. Elle devra incarner la figure du changement en termes de pollution de l’air et de congestion, mais aussi d’insécurité, trois des problèmes détériorant le plus la qualité de vie dans la capitale. A cet égard, on peut noter la récente signature de la construction d’une ligne de métro, prévue pour 2027, alors que ce projet est débattu depuis le début des années 1950.

2. Medellín, la ville de l’éternel printemps

Medellin vue du téléphérique, Romane Jannin, 2019

A 500 kilomètres au Nord-Ouest, Medellin, la 2è plus grande ville du pays, avec une aire urbaine d’environ 4 millions d’habitants. Ville installée au fond de la vallée de Aburra, elle est “découverte” en 1541.

Elle est connue notamment pour son système de transport avangardiste, composé d’un métro, d’un bus en site propre mais aussi d’un téléphérique urbain depuis 2004 (le Metrocable), qui a permis le désenclavement de quartiers défavorisés installés à flanc de montagne. L’Etat a pu réinvestir ces quartiers jusqu’alors laissés aux mains du narcotrafic et de la violence organisée, grâce à la construction du câble et d’escalators dans des zones très pentues.

Medellin, Comuna 13, Romane Jannin, 2019

Elle est aussi tristement connue pour le baron de la drogue qui y a sévi entre les années 1970 et 1993.
Dans la comuna 13, le quartier de San Javier a transformé ce passé tragique en un sanctuaire à ciel ouvert : des habitants proposent des tours destinés à faire connaître l’histoire de ce quartier, à travers le foisonnement artistique du street art. Situé sur les collines de l’Ouest, ce quartier se trouve à un point stratégique car avec un accès direct sur une voie principale du trafic de drogue. En décembre 2002, l’armée colombienne déploie l’opération Orion, pour tenter d’en finir avec les milices urbaines des FARC, de l’ELN et le trafic de drogue en général. Un souvenir sanglant qui a traumatisé les habitants de la comuna 13. Tout au long de cette promenade mémorielle, on découvre le talent des jeunes du quartier, et la métamorphose de ces lieux, qui étaient considérés comme les plus dangereux du monde dans les années 1990. Une grande dynamique communautaire et éducative est née en parallèle pour le développement économique du quartier, l’éducation et l’émancipation des jeunes.

Par ailleurs, Medellin doit son surnom de ville de l’éternel printemps pour son climat agréable et ses couleurs éclatantes, mais aussi pour la célèbre Feria de las Flores, un festival qui se déroule en août durant lequel la ville se métamorphose en un jardin géant, avec de nombreux défilés de fleurs.

Un street art de la Commune 13, Romane Jannin, 2019

3. Cali, l’antichambre du Paradis

A 400 kilomètres au Sud-Ouest, nous voilà à Cali, à seulement une centaine de kilomètres de la côte Pacifique et du plus grand port du pays (Buenaventura). Elle aussi colonisée par les Espagnols à partir de 1536, Santiago de Cali est la 3ème plus grande ville de Colombie.

Le Cristo Rey sur les hauteurs de Cali, Romane Jannin, 2019

Si Cali est connue comme “la succursale du Ciel”, ou autrement traduit, “l’antichambre du Paradis”, c’est pour l’incroyable amabilité de ses 2 millions d’habitants, son climat agréable, la légèreté et l’esprit de fête qui y règne.
Sous l’oeil protecteur du Cristo Rey, la capitale de la Valle del Cauca vit au rythme endiablé de la salsa, style musical érigé en véritable institution : personne ne quittera Cali sans avoir enchaîné quelques pas sur ce qui est devenu l’hymne de la ville, le Cali Pachanguero du Grupo Niche, groupe de renommée mondiale. Éternelle festive, Cali abrite plusieurs rendez-vous emblématiques, notamment la Feria de Cali.

Cali, San Antonio, Romane Jannin, 2019
Centre-ville, Romane Jannin, 2019

Ici aussi s’allient tradition et modernité entre le quartier historique de San Antonio et le centre-ville moderne où se côtoient les quelques gratte-ciels et le reste des bâtiments, beaucoup plus horizontaux.

On ne peut occulter, à Cali comme dans les autres villes du pays,  la pauvreté qui s’affiche, implacable, au détour de chaque rue : des femmes vendent des babioles à même le sol avec leurs bébés, des indigents cherchent leur repas dans les poubelles… C’est la triste facette de ce pays qui reste l’un des plus inégalitaires du monde.


Cali, centre-ville, Romane Jannin, 2019

En résumé, Cali ne brille pas par une architecture spéciale ou par une esthétique particulière, mais par le goût de la vie puissamment exprimé par les sons, les odeurs et les goûts. Cette ville effervescente produit, pour qui se laisse bercer, une sensation inégalée de liberté.

4. Carthagène des Indes

Centre historique, Romane Jannin, 2019

Carthagène des Indes, la 4è ville la plus peuplée du pays est la ville emblématique de la côte Caraïbe. Elle est investie par les espagnols en 1533. Alors un des ports les plus importants d’Amérique du Sud, souvent attaqué par des pirates et corsaires européens, Carthagène se dote de nombreuses fortifications qu’il est toujours possible d’observer aujourd’hui.

Son climat équatorial, ses rues colorées et sa proximité avec des plages de sable fin en font la plus grosse destination touristique du pays; tellement que le centre emmuraillé peut paraître, en saison estivale, légèrement étouffant.

Romane Jannin, 2019

En dehors des fortifications, le port traditionnel et le front de mer très moderne se découvrent. On peut se prélasser sur des plages jouxtant des immeubles et quartiers d’affaires. Mais pour découvrir la mer Caraïbe comme on la fantasme, il faut se rendre à quelques dizaines de kilomètres, sur la péninsule Baru.

Ici, on ressent moins l’activité foisonnante caractéristique des trois autres villes, il s’agit plutôt d’une ville-musée qui vit au rythme du tourisme. Il y résonne fort les sonorités de la culture caribéenne, portée par les Afro-Caribéens, descendants de l’esclavage.

Conclusion

Ces courtes descriptions ne sauraient rendre compte de la complexité des villes mais cherchent à montrer la diversité et la richesse des villes colombiennes. Bien que le pays regorge d’espaces naturels époustouflants et d’une grande variété, les villes méritent qu’on y prêtent attention. Elles sont le lieu d’initiatives novatrices, que ce soit pour l’urbanisme, la gestion des mobilités, les dynamiques communautaires, culturelles, et politiques…

Si ces villes vous intéressent, un article d’Ausarchitect consacré à Medellin détaille les politiques publiques ayant permis la transformation de la ville.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :