Déambulations urbaines #2 – Détroit, Michigan


Ausarchitect vous invite à plonger virtuellement dans l’atmosphère de Détroit, situé dans l’État du Michigan, aux États-Unis, à la frontière avec Windsor (Canada). 

Cette déambulation urbaine nous permet de plonger dans les rues de cette ville bouillonnante et pleine de vie qui dévoile peu à peu sa propre histoire. Un choix logique a été retenu dans le déroulé de celle-ci pour évoquer certaines caractéristiques faisant de Détroit une ville à part entière et emblématique de l’histoire urbaine des États-Unis.

City of Dreams, par ce surnom, Détroit symbolise le grand rêve américain, véritable temple de tous les possibles, « vaste cité ouvrière prospère à la frontière du Canada et aux pieds des grands lacs« .  Vidée de ses habitants et confrontée aux problématiques de la ségrégation raciale et de la crise économique de 2008, elle incarne aussi un cauchemar américain, rythmé de controverses et de fractures.

Photographie 1 : « Statue de l’esprit de Détroit », A. Sarrosquy, janvier 2019.

Sur cette photo, nous pouvons apercevoir la statue de l’esprit de Détroit inaugurée en 1958 par le sculpteur Marshall Frederiks. La place où se trouve cette statue est un véritable lieu de rencontre et d’effervescence où les habitants de Détroit peuvent célébrer leurs victoires et se rassembler pour prôner l’unité. C’est l’un des premiers espaces publics à Détroit.

Historiquement, la ville de Détroit est le témoin des épisodes de la colonisation américaine entreprise par l’aventurier français Antoine Laumet de la Mothe. Véritable poumon politique et économique pour la Nouvelle-France, forte de sa place stratégique dans le commerce avec les nations iroquoises de la région et longtemps au cœur des tensions militaires avec les Britanniques et patriotes américains, la ville de Détroit évolue et connaît des épisodes de prospérité et de déclin. Son histoire a rythmé son économie, sa conception urbaine, sa politique et sa population. 

Aujourd’hui, 673 104 américains vivent au sein de Détroit, ce qui en fait la dix-huitième ville du pays par sa population.

1/ Détroit et son downtown

Photographie 2 : « Downtown de Détroit », A. Sarrosquy, janvier 2019

Nous commençons notre visite par cette photo du centre-ville de Détroit appelé couramment “downtown. La place du “downtown” est typique de l’organisation des grandes métropoles nord-américaines où le centre-ville est le cœur commercial, culturel et souvent politique et géographique. Visuellement, on reconnaît un downtown américain par un ensemble d’institutions culturelles et de grands immeubles, notamment ceux du quartier d’affaires (Central Business District).

2/ Détroit aka Motor city, le paradis de la Ford T

Il suffit d’évoquer la ville de Détroit dans une conversation pour probablement faire le lien avec l’univers automobile et notamment la fameuse Ford T ! Très prisée par les tours opérateurs, la visite de l’usine Ford Rouge, située dans la zone industrielle de Détroit, est un incontournable pour les passionnés ou les simples curieux. L’effervescence du lieu nous plonge dans le passé industriel de l’univers Ford. À son heure de gloire dans les années 1930, la zone de production automobile employait plus de 100 000 ouvriers.

« Il y a encore cinquante ans, Motor City était la vitrine du développement industriel des États-Unis et la matrice de la nouvelle « société fordiste ». Les usines de la ville, transformées en « Arsenal de la démocratie » .. le souvenir euphorique des 15 millions de Ford T sorties des chaînes de production entre 1908 et 1927 assurait encore sa renommée à la ville. » (Allan Popelard, 2009)

La photographie 3 prise sur le site industriel de Ford Rouge illustrent l’étendue des usines de production.

Véritable temple de l’industrie automobile, symbole de la prospérité économique du XXème siècle, Détroit a été l’une des villes américaines à croître le plus rapidement dans les années 1940 accueillant la main-d’œuvre la mieux payée des États-Unis. C’est cet essor industriel qui lui permet de développer son économie et son attractivité. 

3/ De l’apogée industriel à la faillite économique et au déclin démographique

Nous continuons la visite de Détroit par son centre-ville et notamment le quartier « Renaissance Center ».

Méfiez-vous des apparences, ce quartier flambant neuf est le résultat d’une crise économique sans précédent. L’histoire de Détroit est liée à un bouleversement économique illustré par la désindustrialisation de la ville, à partir des années 1950 jusqu’à aujourd’hui. Les multiples chocs pétroliers des années 1970 et l’arrivée des voitures japonaises sur le marché américain dans les années 1990, sont des épisodes marquants du long déclin économique de la ville. La crise des « Subprimes » de 2008 a également des conséquences douloureuses sur l’industrie automobile américaine présente à Détroit et détenue par les « Big Three » : General Motors, Ford & Chrysler. Cette récession économique provoque une large dépression démographique. Depuis 1950, Détroit a perdu plus d’un million d’habitants et des centaines de milliers d’emplois.

Malgré cela, l’entreprise General Motors maintient la présence de son siège social dans la ville et décide d’investir 500 millions de dollars dans la rénovation du complexe Renaissance Center en 2003. Les photos de ces gratte-ciels, ci-dessus, semblent évoquer l’âge d’or du passé industriel automobile de Détroit. Une belle mascarade architecturale pour masquer les cicatrices d’une faillite économique. 

Aujourd’hui, l’impact de cette crise économique est toujours visible. Ce sont 400 000 emplois qui ont été perdus depuis 2008. La ville est touchée par un chômage anormalement élevé atteignant ainsi 50% dans certains quartiers. Elle est déclarée en faillite avec une dette cumulée de 18,5 milliards de dollars liée à une mauvaise gestion financière et à l’érosion de la base fiscale provoquée par le déclin des activités économiques de la ville.

La très large diminution de la population de Détroit provoque la fin des aides financières fédérales. Les autorités municipales sont contraintes d’appliquer des coupes budgétaires automatiques dans l’éducation, les services publics, les transports, etc. La fin de ces aides aggrave la situation des populations très fragiles de la ville, souvent victimes d’insécurité et de précarité.

4/ Un symbole de mixité socioculturelle et de résilience urbaine

Au-delà de cette image de déclin, la capitale du Michigan ne cesse de rayonner par sa culture et sa diversité. Berceau de la musique soul avec le siège de la Motown, elle est également le lieu de naissance de plusieurs styles musicaux comme la punk et la techno. Plusieurs artistes internationaux sont issus de ses rangs comme Eminem ou encore The Jackson Five.

Photographie 9 : « Façade d’immeuble au coeur du Washington Boulevard Historic District« , A. Sarrosquy, janvier 2019

« Detroit, There is a resilience that rises from somewhere deep within your streets. You can’t define it, but you can feel it. You can feel it overflowing from the people who call you homeFrom people who are always proud to declare, ‘I’m from Detroit‘ » (Eminem, Letter to Detroit)

La ville s’illustre comme lieu de combat pour les droits civiques des noirs américains, autour de l’identité afro-américaine. Ville de naissance et de l’enfance de Malcom X, berceau du Black Muslim Movement en 1930 et de la Shrine of the Black Madonna en 1960, lieu de décès de Rosa Parks, Détroit est considérée comme la « Mecque » de l’afrocentrisme.

Photographie 10 : « The Gateway to Freedom à Détroit symbolise la ville comme porte d’entrée vers la liberté et l’émancipation pour des milliers d’afro-américains ayant fui l’esclavage. » A.Sarrosquy, janvier 2019

Lorsque nous continuons notre découverte de Détroit, nous pouvons ressentir l’espoir et le courage de ses habitants. Un courage qui se construit dans les difficultés du quotidien et qui aboutit en une communauté, forte de sa diversité et de sa détermination.

Des pratiques économiques alternatives, fondées sur la valeur d’usage et de partage, voient le jour. Détroit semble vouloir tourner la page de l’ancien schéma capitaliste en inventant une nouvelle économie urbaine et non marchande, basée sur un esprit de collectif.

Cet esprit de communauté se ressent lors de la découverte du projet NW Goldberg (https://www.nwgoldbergcares.com/about) qui consiste à revaloriser des friches urbaines en lieux de partage et d’expression artistique. 

D’autres lieux dans la ville sont consacrés à l’agriculture urbaine communautaire, aux banques alimentaires, à des organismes de réparation, de recyclage ou de nettoyage du bâti, des projets éducatifs, des espaces de partage des nouvelles technologies.

Lorsque l’on visite Détroit, les multiples jardins communautaires urbains qui s’inscrivent dans le paysage de la ville interpellent le visiteur. Les habitants cherchent à développer la production autonome de denrées alimentaires et délaissent de plus en plus la voiture pour avoir accès à l’alimentation car l’essence représente un coût dans leur budget du quotidien. Les jardins communautaires deviennent une nécessité pour faire face à la crise.

Photographie 14 : « Jardins partagés communautaires situés au Washington Boulevard Historic District », A. Sarrosquy, janvier 2019

Ces nouvelles pratiques permettent de réinventer la vie en ville autour de pratiques plus durables. Depuis plusieurs années, la ville de Détroit est devenue « la ville du Do it Yourself » (fais-le toi-même) et de la consommation collaborative et altermondialiste. 

Au final, Détroit est une ville à l’histoire et à la culture singulière qui a subi de multiples transformations au gré des crises économiques et de la faillite financière. Détroit et ses habitants ne renoncent pas et tentent de s’inscrire en modèle de société urbaine durable et collaborative. La vraie force de Détroit n’est pas le béton, mais ses habitants.

Ce travail de retranscription et d’analyse de l’histoire de Détroit provient en grande partie d’un devoir universitaire personnel écrit dans le cadre du cours « Villes et métropoles » et présenté à M. Antoine Noubouwo à l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Notes et références

Articles et ouvrages scientifiques

-Allan Popelard, « Détroit, catastrophe du rêve », Hérodote 2009/1 (numéro 132), p. 202-215

-Flaminia Paddeu, « Faire face à la crise économique à Détroit : les pratiques alternatives au service d’une résilience urbaine ? », L’information géographique 2012/4 (Vol.76), p.119-139

-Sylvain Fontan, « La faillite de la ville de Détroit aux Etats-Unis : triomphe et déclin », décryptage publié sur «leconomiste.eu» le 30/07/2013

-Céline Develay-Mazurelle, « Détroit, une histoire américaine : la fin d’un rêve », RFI Savoirs, article du 20/06/2017. URL : https://savoirs.rfi.fr/fr/comprendre-enrichir/societe/detroit-une-histoire-americaine-la-fin-dun-reve-1

-Arnaud Leparmentier, « À Détroit, dix ans après l’onde de choc de Lehman Brothers », Le Monde, article du 14/09/2018, URL : https://www.lemonde.fr/economie/portfolio/2018/09/14/a-detroit-dix-ans-apres-l-onde-de-choc-de-lehman-brothers_5355164_3234.html?xtmc=detroit&xtcr=9 

-Colin Côté-Paulette, « Les deux visages de Détroit cinq ans après la faillite », Radio Canada, article du 22/07/2018, URL : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1113954/faillite-detroit-disparites-michigan

-Photographie d’accueil : « Graffiti Détroit, Michigan au 1425 Brush St dans le centre-ville de Détroit« , A.Sarrosquy, janvier 2019

Publié par Aurélien Sarrosquy

Fondateur d'Ausarchitect

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